Ces derniers jours, le président gabonais apparaît aux yeux de certains comme un «panafricaniste» militant pour la fin de la «Françafrique», la solidarité entre les Africains et pour une véritable indépendance du Gabon et des anciennes colonies de la France.

Une des pancartes brandies à l’arrivée d’Ali Bongo de Cuba, le 10 juillet 2017. © D.R.

 

La comparaison pourrait amuser plus d’un. Portant, ceux qui l’osent en semblent convaincus. Certains tentent d’ailleurs, ces derniers jours, de faire croire à un «complot» ourdi contre Ali Bongo qu’ils assimilent désormais à des panafricanistes de la trempe de Thomas Sankara et d’autres s’étant opposés à la relation pour le moins trouble, entre la France et ses anciennes colonies africaines. Le prétendu acharnement dont serait victime le président gabonais, depuis sa réélection (toujours contestée) d’août 2016, se justifierait par le fait qu’il s’oppose au néocolonialisme. Connu pour avoir été «adoubé» par Nicolas Sarkozy en vue de son élection en 2009, le fils d’Omar Bongo aurait tourné casaque. La «Françafrique» n’est plus sa tasse de thé. D’où l’acharnement de la France contre sa personne.

Depuis la diffusion, le 6 juillet, sur France 2 de l’émission à charge «Complément d’enquête», les réseaux sociaux et les médias traditionnels locaux grouillent de messages de soutien adressés au président de la République. Unanimement, les alliés d’Ali Bongo s’indignent de ce que «la France tente de déstabiliser le Gabon en s’en prenant à sa première institution». Sur son compte Facebook, Vivien Makaga Péa, le coordinateur national de la jeunesse du Parti démocratique gabonais, s’est voulu explicite en diffusant la vidéo d’une intervention du député français au Parlement européen Jean-Luc Schaffhauser, sur «la stratégie jadis utilisée par certaines officines occidentales pour faire tomber des Chefs d’État africains». Pour le leader de l’UJPDG, «il s’agit par un effet de coïncidence douteuse, du même modus operandi utilisé pour tenter de faire tomber le président de la République gabonaise».

Comme Vivien Péa, nombreux sont ceux qui perçoivent Ali Bongo comme «un élève indocile» de la «Françafrique». Le leader gabonais, «patriote et nationaliste», refuserait désormais d’«obéir aux maîtres blancs». Certains disent s’inquiéter que son désir de s’affranchir du joug de la France lui coûte le fauteuil présidentiel. «Ils tentent de mettre à sa place quelqu’un, qui leur sera dévoué pour qu’ils profitent des mêmes avantages que depuis la parodie d’indépendance qu’ils nous ont donnée», s’est emporté, lundi 10 juillet, un jeune venu accueillir à l’aéroport «son champion» de retour d’une visite officielle à Cuba. Si, comme plusieurs Gabonais, ce jeune voit Jean Ping comme un potentiel «pion» de la France et de l’Union européenne, d’autres assurent ne pas se laisser avoir une nouvelle fois par la France, qu’ils accusent de renverser des présidents africains dès qu’ils leur tiennent tête. Ce serait, dit-on, le cas d’Ali Bongo… le panafricaniste devenu.