Ali Bongo prend part, ce 11 janvier à Paris, à la marche républicaine en hommage aux victimes de l’attaque contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Le président gabonais et le premier ministre hongrois Viktor Orban suscitent la critique sur Twitter et Facebook.

© lemonde.fr

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Initialement prévue le 10 janvier, la marche républicaine en hommage aux victimes de l’attaque contre Charlie Hebdo se tiendra finalement ce dimanche 11 janvier. «Sur invitation du président de la République française, Monsieur François Hollande, le président Ali Bongo Ondimba sera présent», indique un communiqué de la Direction de la presse présidentielle du Gabon (DCP-Gabon). Nombre de personnalités prendront également part à cet événement dont Angela Merkel, David Cameron, Mariano Rajoy, Donald Tusk, Martin Schulz ou encore Matteo Rienzi.

Le message «Paris est Charlie» sera projeté sur l’Arc-de-Triomphe dès ce 10 janvier en soirée et se poursuivra ce dimanche. Le départ sera donné de la place de la République à 15h pour rejoindre la place de la Nation.

Cependant, une frange de l’opinion française critique la présence de certains chefs d’Etat à cette marche, pour leur vision plutôt étroite de la liberté d’expression si chère à Charlie Hebdo. Selon Metronews, la question «agite des internautes sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de la venue à Paris de certains invités polémiques, à l’image du premier ministre hongrois Viktor Orban, du président de la République gabonaise Ali-Omar Bongo ou le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.» Le journal indique que sur Twitter, des voix raillent et critiquent ces «présences inappropriées». Eric Fassin, sociologue et professeur de sciences politiques à l’université Paris VIII, interroge : «Viktor Orban et M. Rajoy viendront défendre la liberté d’expression avec Ali Bongo et Erdogan ?». Et d’ironiser : «si nous sommes tous Charlie, alors, beaucoup sont des Charlots».

Sur les réseaux sociaux gabonais, nombreux rappellent qu’en septembre 2012, la télévision TV+ a été attaquée par des hommes cagoulés, après avoir subi, lors des élections de 2009, le mitraillage de son émetteur, sans qu’une enquête n’ait été réellement menée ou que les officiels ne s’en soient montrés émus. Aussi, un bon nombre d’internautes gabonais se demandent pourquoi Ali Bongo ne pratique-t-il pas chez lui ce qu’il prêche en allant participer à la marche pour Charlie Hebdo. Au Gabon, «des pères et des mères de famille se font battre sauvagement, n’importe comment, pour justement qu’ils renoncent à penser qu’ils peuvent jouir d’une quelconque liberté dans leur pays et c’est ce président-là qui annonce fièrement qu’il va manifester aux côtés d’Hollande? Moi si j’étais à Paris, j’irai manifester contre lui avec une grosse bannière géante qui recouvrera tout un building», écrit une chroniqueuse gabonaise d’Amérique du Nord sur son mur Facebook.

Charlie Hebdo n’a d’ailleurs jamais été tendre avec les deux derniers présidents du Gabon. Si on peut faire l’économie de ce que ce journal a écrit sur Omar Bongo, on devrait quand même se souvenir que le 1er août 2013, Laurent Leger, journaliste à Charlie Hebdo (l’un des survivants), s’était fendu d’une attaque contre Richard et Cécilia Attias, accusés de faire la pluie et le beau temps au Gabon, mais aussi beaucoup de dollars. Le Gabon dépenserait environ 4,55 milliards de francs CFA pour organiser le New York Forum Africa, ce sommet qui permet «à des présidents, des ministres, des VIP et des chefs d’entreprise de blablater ensemble», selon les termes de Charlie Hebdo. «De la pure langue de bois pour qui veut bien ouvrir les yeux sur l’appropriation des richesses par les dirigeants, la déforestation massive, la pauvreté…», écrivait, il y a 17 mois, l’hebdomadaire satirique et pamphlétaire  français. Ali Bongo, Raïs de la communauté musulmane du Gabon, a dû oublier, sinon pardonner. Ainsi qu’on peut le lire dans le Coran – verset 256 de la sourate 2-, l’Islam est une religion d’amour, de tolérance et de paix.

Au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, Ali Bongo a déclaré : «Ceux qui ont commis cet attentat ont trahi l’Islam, déshonoré le prophète Mohamed et tourné le dos à Dieu. Tout le contraire de ce qu’ils prétendent défendre», avant de poursuivre : «Nous condamnons un acte odieux que rien ne peut justifier. Nous présentons aux familles durement frappées nos sincères condoléances».