De Sherko au 1er Campement, en passant par «Cité Entraco», se construisent des bicoques aux côtés des villas somptueuses. La réputation de «ville résidentielle» de la banlieue nord de Libreville ne tient à rien. Il faut se rendre à l’évidence, elle n’est pas la ville futuriste promise par les pouvoirs publics lors de son érection en commune de plein exercice en 2013. En fait, les habitants qui comptent de nombreux chefs d’entreprises, cadres et hauts fonctionnaires, nourrissaient de grandes ambitions pour leur commune, mais l’équipe municipale conduite par Claude Sézalory n’a pas su les porter…

Scène ordinaire d’un jour de pluie à Akanda. © info241

 

Derniers jours du mois de mars 2018 à Akanda. Les trois jours de précipitations ont encore causé des inondations immenses. L’équipe municipale, en coma dépassé, n’a pas réagi. Tant que le gouvernement ne lui demande pas de mener des actions lors des calamités naturelles, l’Hôtel de Ville d’Akanda demeure indifférente à ce qui se passe. «Il est grand temps de l’avouer, ce mandat est un échec», tranche un Conseiller municipal pourtant membre de la majorité.

Pourtant annoncée comme une métropole moderne, Akanda n’a pas reçu l’impulsion qu’on pouvait attendre de son ancien promoteur immobilier de maire, Claude-Michel Sézalory. © D.R.

Alors que le mandat de l’équipe municipale actuelle s’achève dans huit mois exactement, la ville d’Akanda qui était appelée à devenir une ville modèle et futuriste n’est que l’ombre d’elle-même. S’il y a une ville nouvellement créée à la périphérie de la capitale gabonaise qui a manqué d’ambition, c’est bien la ville d’Akanda. Celle-ci est une ville ordinaire, une ville où l’autorité municipale n’a pas su s’imposer. Des zones entières y sont entourées de bicoques insalubres, d’épiceries «tôles en tôles en bas», de cafétariats, de salons de coiffures et autres petites débrouilles insoutenables ! La nouvelle ville était pourtant annoncée comme une métropole moderne. C’était un choix politique de bon sens pour accompagner les infrastructures sportives et hospitalières de pointe qui y existent, mais il n’y a là-bas qu’atmosphère de sinistrose.

Un bidonville géant : ni cinéma, ni bibliothèque municipale, ni médiathèque…

Le «grand requin blanc» qui dirige la ville depuis janvier 2014 n’a pas su faire entrer Akanda dans la sphère du développement et de la modernité. Malgré sa création récente, la commune d’Akanda ressemble plutôt à un grand bidonville. La commune n’a ni une politique courageuse en matière de rénovation urbaine, ni services publics efficaces pour endiguer les constructions anarchiques qui l’enlaidissent. Elle n’a pas de politique culturelle, ne compte ni salle de cinéma, ni bibliothèque municipale, encore moins une médiathèque, comme on en voit dans de petites villes ou des villes moyennes au Maroc, en Tunisie ou en France. Akanda est une ville sans âme, qui n’a pas su contrecarrer la montée des bidonvilles, comme l’indiquait un billet Makaya de L’Union l’année dernière. Ancien promoteur immobilier et pourtant, Claude Sézalory n’a, pour l’instant, laissé aucune trace, aucune marque. Il laisse plutôt se développer des habitations sommaires, anarchiques et insalubres ; n’a pas su éradiquer les quartiers précaires. Les lotissements cossus de La Sablière ne parviennent plus à masquer ces constructions anarchiques. Akanda n’est qu’une ville «encalminée».

Le «grand requin blanc» semble absent, invisible, et son action indéchiffrable, illisible ; sa gestion décriée par de nombreux membres du Conseil municipal. Certains d’entre eux n’ont pas de mots assez durs, parfois grotesques, pour qualifier la gouvernance du maire. Si ses adjoints  – Vané, Corouge, Mouboga, Etoughé Minko – ne sont pas très bavards, en revanche, le reste des Conseillers municipaux est vent debout. Il a failli de peu pour que Claude Sézalory soit débarqué il y a quelques mois. Un grand nombre en est à penser qu’il n’y a plus rien à attendre de lui. «A huit mois de la fin du mandat, plus aucun projet de Claude Sézalory ne peut se réaliser», souligne un agent municipal. «D’ailleurs, ajoute-t-il, le cimetière des promesses du maire est déjà bien garni. La propreté de la ville, échec ; la construction de crèches, échec ; le local pour abriter la mairie du 1er arrondissement, échec ; l’érection d’une maison de la Culture, échec». «La commune a fonctionné pendant longtemps sur l’illusion d’un monde sans corruption» et «on pensait Sézalory vertueux, mais lorsqu’on l’a vu avoir du mal à expliquer sa gestion des années 2014-2015-2016, on a compris», indique le Conseiller municipal cité plus haut.

Une cité-poubelle

Sur le plan économique et industriel, «on aurait pu penser qu’Akanda aurait une gouvernance irréprochable, et des partenariats innovants avec des industriels pour permettre à la ville de créer des emplois et de tirer le meilleur parti de ses potentialités, mais il n’y a rien depuis cinq ans, c’est dire si la déception est grande»… Akanda souffre également de la difficulté à assurer la gestion des ordures ménagères. «Quand Averda ne passe pas, la ville ne dispose d’aucune solution de rechange ; ce qui en fait une grande cité-poubelle». «L’Hôtel de Ville d’Akanda est, pour l’heure, une institution en panne d’idées et de stratégie. Vite, que ça change !», souhaite un agent municipal.