Présentée comme l’allier de l’Afrique, la Chine aide-t-elle réellement le continent ? Une question à laquelle le programme de recherche américain Aid Data a répondu sans équivoque : «La Chine aide en priorité les pays qui la soutiennent politiquement et, investit dans les pays plus solvables et riches en matières premières».

Le stade de l’amitié sino-gabonaise à Angondjé, dans la commune d’Akanda, un des fleurons de l’investissement chinois au Gabon. © static.panoramio.com

 

Le programme de recherche américain, Aid Data a passé au crible l’aide financière de la Chine au bénéfice du continent africain. Selon la dernière étude du programme, publiée en octobre, les aides chinoises sont aussi efficaces que les aides occidentales, contrairement aux idées reçues. Elles amènent à chacune de leur doublement, une moyenne de 0,4 % de croissance économique supplémentaire, les deux premières années de financement des projets.

Pour le reste, cependant, la Chine joue avec les chiffres. «Aux Etats-Unis par exemple, 93 % de l’aide au développement servent effectivement le bien-être des populations. Mais en Chine, c’est l’inverse puisqu’il s’agit essentiellement de motivations économiques et commerciales», a expliqué le directeur du programme Aid Data. «Ce sont souvent des prêts concessionnels avec de faibles taux d’intérêts et ayant pour objectif de servir uniquement les intérêts économiques chinois», a ajouté Bradley Parks, relayé par le lemonde.fr.

Elaboré par une équipe d’une centaine de chercheurs et couvrant 4 400 projets, l’étude montre que la Chine a distribué 354,4 milliards de dollars d’aides à travers le monde entre 2000 et 2014. Un peu moins que les Etats-Unis, avec 394,6 milliards de dollars sur la même période.

Cependant, «entre 2000 et 2015, 23 % seulement des sommes présentées par la Chine comme étant de l’aide publique au développement répondait effectivement à ces critères tels que définis par la Banque mondiale et l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, ndlr)», a affirmé Bradley Parks. A la lumière de ces données, Aid Data soutient que la Chine mélange volontairement aides et investissements, afin d’apparaître comme le véritable allié du continent.

Dans le même sens, le programme soutient que la Chine aide en priorité les pays qui la soutiennent politiquement et, investit dans les pays plus solvables et riches en matières premières. Ainsi, les aides de la Chine dans le secteur énergétique sont ainsi quarante fois plus importantes en Afrique que celles dans l’éducation.

Ce qui explique le discours officiel chinois visant à faire des investissements dans les infrastructures le pilier de la croissance économique en Afrique. Comme le soulignent d’ailleurs les chiffres : sur les dix pays les plus aidés par la Chine dans le monde entre 2000 et 2014, sept se trouvent en Afrique.

L’étude d’Aid Data est par ailleurs sans équivoque sur un aspect important : les investissements chinois en Afrique sont gangrenés par la corruption. «Nous voyons une hausse importante de la corruption au niveau local autour des projets initiés par la Chine en Afrique», a déclaré Bradley Parks.

Que ce soit pour l’obtention des permis de construire, des relations avec la police ou des autorisations de travail, l’aide chinoise semble attirer les vautours en tout genre. «Les chiffres montrent clairement une hausse des pots-de-vin sur un périmètre de 50 km autour des projets développés par la Chine !», insiste Aid Data.

Au-delà de ces principaux aspects, l’étude révèle également que «La Chine aide uniquement ses alliés et leur gouvernement», assure Aid Data. Et pour cause, les pays africains votant pour la République populaire de Chine à l’Onu connaissent une hausse de 86 % des aides de Pékin.