Depuis la mise en détention de leur client, les avocats de l’ancien ministre du Pétrole et des Hydrocarbures sont convaincus qu’il est injustement traité. Après avoir décrié le traitement du détenu à la prison centrale, le collectif d’avocats pointe un vice de procédure au premier cabinet d’instruction qui, selon lui, fleure bon le «règlement de compte politique».

Affaire Ngoubou : le parquet de Libreville exprimerait du «mépris à l’égard des règles de droit et de la défense». © Fotolia

 

Accusé de malversations financières et mis en détention provisoire en janvier, dans le cadre de l’«Opération Mamba» lancée contre les responsables présumés de détournements de l’argent public, Etienne Dieudonné Ngoubou semble loin d’être sorti d’affaire. Ses avocats avouent éprouver de plus en plus de mal à élaborer sereinement leur défense. Après l’épisode de la tentative d’immixtion des autorités carcérales, lors de leurs visites à la prison centrale de Libreville, ils disent être confrontés cette fois à la «procédure illégalement ouverte au premier cabinet d’instruction», qui les priverait d’exercer leur droit de recours. Face à cet enchaînement de faits, le collectif d’avocats de l’ancien ministre estime que tout est fait pour que leur client ne bénéficie pas d’un meilleur traitement. Pour lui, l’affaire laisse penser qu’il s’agit, en réalité, d’«un règlement de compte politique usurpant le manteau de la justice». Si non, s’interroge le collectif, comment comprendre le refus du parquet de transmettre l’ensemble du dossier pour examen, alors qu’il n’a plus aucun acte procédural à poser ? Comment comprendre ce «blocage de la procédure» ?

Quelques avocats de Ngoubou. © Gabonreview

Au vendredi 17 février, le parquet de Libreville n’avait toujours pas transmis le dossier à la Chambre d’accusation, font remarquer les avocats, affirmant que l’appel interjeté contre l’ordonnance de placement visant l’ancien membre du gouvernement a été déposé depuis le 16 janvier 2017. «Or, renchérie le collectif, aux termes des dispositions de l’article 161 alinéa 2 du Code de procédure pénale gabonais, il est stipulé que : ‘‘la Chambre d’accusation doit, en matière de détention préventive se prononcer au plus tard dans les cinq jours de la réception du dossier, faute de quoi l’inculpé est mis d’office en liberté provisoire par le procureur général, s’il n’est pas détenu pour autre cause’’».

Etienne Dieudonné Ngoubou étant toujours en prison, en dépit d’un dossier d’accusation qu’il juge «vide», le collectif d’avocats dit ne plus comprendre la lecture faite par le parquet de Libreville de la loi. Le parquet qui n’a d’ailleurs pas fini de convoquer et d’entendre les proches collaborateurs de l’ancien ministre, ceci «sans commission rogatoire». Pour les avocats, ces convocations et interrogatoires montrent «la vacuité de l’enquête préliminaire». Aussi, le collectif tient-il à rappeler que «la justice ne saurait être le creuset du mépris que le parquet exprime à l’égard des règles de droit et de la défense». «L’ensemble de ces éléments démontre que l’on a passé outre l’enquête préliminaire, avec l’objectif inavoué mais à peine voilé d’envoyer en prison le ministre Ngoubou sans aucune forme de procès», conclue le collectif dans un communiqué rendu public ce week-end.