Huit jours après le décès du jeune manifestant Mboulou Beka, la famille qui accuse les autorités de faire de «la publicité mensongère» et du «harcèlement», exige la vérité.

Les membres de la famille, le 28 décembre 2014 à Libreville. © Gabonreview
Les membres de la famille, le 28 décembre 2014 à Libreville. © Gabonreview

 

Depuis le décès de Mboulou Beka dans des circonstances restées floues à ce jour, sa famille s’était réservée un droit de silence qui a été brisé, le dimanche 28 décembre, par l’entremise d’un point de presse aux allures de conflit familial opposant 2 camps distincts : l’un pour que le silence perdure et l’autre pour exiger des autorités publiques que toute la vérité soit faite sur la mort du leurs. Si Emmanuel Ondo Methogo, ancien vice-Premier ministre et membre plus ou moins influent de la famille, s’est clairement prononcé contre la tenue du point de presse parce que, a-t-il estimé, «ce n’est pas ça qui fera revenir Mboulou Beka», l’autre «camp» conduit par Christophe Ovono Allogo à quant à lui tenu à donner son appréciation du traitement réservé à cette «affaire». Aussi, a-t-il dénoncé «la publicité mensongère et macabre faite autour de cet événement malheureux et le comportement choquant de la Gendarmerie, du Parquet de la République et des hommes politiques du pouvoir en place dans la gestion de la communication y relative».

En effet, alors que les circonstances de la mort brutale, le 20 décembre courant, du jeune manifestant n’ont pas encore été élucidées, un curieux remue-ménage est observé au sein de la classe politique gabonaise de tous bords, chacun voulant, soit tirer le malheur à son avantage, soit nier sa responsabilité dans le décès d’un jeune gabonais qui n’a fait qu’exprimer sa colère. Une situation qui a tôt fait de tordre la vérité, estiment les membres la famille qui rappellent par ailleurs que «quand Mboulou Beka est tombé sous les balles des Forces de l’ordre, c’était sous les yeux des membres de sa famille qui étaient avec lui, et des milliers d’autres personnes». Pourtant, depuis plusieurs jours, l’on cherche à tronquer la vérité, estime la famille, non sans rapporter que le même jour, à 19 heures 30, un parent du défunt a tenté de la joindre par téléphone, qui s’est vu être informé du décès «avec désinvolture et sans ménagement» par «un gendarme du Gros-Bouquet», ayant eu le soin de lui dire que le corps était à la morgue de Gabosep.

Les membres de la famille, le 28 décembre 2014 à Libreville. © Gabonreview
Les membres de la famille, le 28 décembre 2014 à Libreville. © Gabonreview

«Un morceau de Kleenex sur le front»

Depuis le décès de Mboulou Beka, les supputations vont bon-train sur les circonstances de sa mort et davantage sur le lieu du drame. Simple projectile ou balle de fusil ? Chacun y va de son inspiration, foulant au pied le respect de la famille éprouvée qui raconte : «(Après avoir reçu l’information du gendarme), nous retrouvons effectivement le corps de Mboulou Beka à Gabosep, portant un morceau de Kleenex tâché de sang à un endroit précis. Kleenex que nous avons enlevé et nous avons alors vu par nous-mêmes un trou sur le front de Mboulou Beka. Notre jeune frère assassiné était simplement vêtu d’un pantalon.» Le médecin légiste se serait-elle trompée ? Pour la famille, tout porte à croire que «oui», si ce n’est que la version des autorités publiques cache autre chose. «C’est par le journal télévisé (…) de Gabon Télévision que nous apprenons qu’un médecin légiste, le Dr Lucie Pemba, a autopsié le corps de Mboulou Beka, sans nous avertir, comme tout médecin ayant prêté le serment d’Hippocrate l’aurait fait», s’est par ailleurs insurgé la famille qui maintient qu’il s’est agi d’«un assassinat».

La Gendarmerie indexée

S’ils ont dit ne pas opter pour la vengeance ni répondre par une manifestation dans les rues de Libreville, les membres de la famille se sont interrogés sur le rôle et l’implication de la Gendarmerie dans cette macabre affaire. «Que faisait Mboulou Beka à la Gendarmerie de Gros-Bouquet pour que celle-ci se retrouve avec son téléphone portable ? Comment a-t-elle sur que Mboulou Beka se trouvait à Gabosep ?», s’est interrogé le porte-parole de la famille, avant de poursuivre : «Pourquoi la Gendarmerie de Gros-Bouquet, depuis que l’assassinat de Mboulou Beka par l’Etat gabonais a été rendu publique, harcèle-t-elle la famille (…) par toutes les formes possibles ?»

«Le devoir de vérité» ou pas d’inhumation !

Alors qu’«elle accuse formellement l’Etat gabonais d’être l’auteur de l’assassinat de Mboulou Beka», la famille «exige (dorénavant), au nom de la dignité humaine et de la solidarité familiale (…) que les coupables soient traduits devant la justice et répondent de leur forfait». Pour cause, lance Christophe Ovono Allogo, «Ali Bongo a publiquement et solennellement reconnu qu’il s’agissait en effet d’un assassinat». Pour l’heure, «tant que ce devoir de vérité n’est pas accompli par l’Etat gabonais, la famille a décidé que le corps de Mboulou Beka reste entre les mains de l’Etat gabonais jusqu’à ce que justice lui soit rendue». L’«affaire» est loin de trouver son épilogue que l’opposition gabonaise semble déjà la mettre à son profit.