Au cœur de révélations selon lesquelles il aurait viré des sommes colossales d’argent sur le compte d’une Société civile immobilière (SCI), dont il serait le gérant, Christian Magnagna, le ministre des Mines, est-il réellement traqué par Tracfin ? Enquête sur le buzz de la semaine.

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Dans un climat à la limite du délétère, notamment marqué par le clouage au pilori de Veolia, la livraison à la vindicte populaire d’Eramet-Comilog-Setrag et des informations confidentielles concernant les intentions du gouvernement gabonais et de BGFIBank sur des parts dans le capital d’Eramet, le ministre gabonais des Mines est poussé sous les feux de l’actualité, depuis le 26 février dernier avec une information à l’effet viral époustouflant.

 «Christian Magnagna fait l’objet en France d’investigations menées par le service d’enquête de Traitement du renseignement et d’action contre les circuits financiers clandestins (Tracfin)», peut-on lire en substance sur le web gabonais et dans des journaux locaux. Invérifiable sur le dispositif de Tracfin en ligne, encore moins au Service économique à Libreville (représentation locale du ministère français de l’Economie et des Finances dont Tracfin est l’émanation), l’information, croustillante au demeurant, nécessitait d’être vérifiée et creusée en vue d’en savoir davantage.

Tracfin, SCI, etc.

Et on tombe des nues : l’information passe pour un ovni auprès de nos confrères français pourtant connus pour être des fins limiers sur ce genre de sujet. De même, les sources idoines du ministère gabonais des Affaires étrangères assurent n’en avoir jamais entendu parler, s’étonnant de ce qu’«un ministre, détenteur d’un passeport diplomatique, soit interdit de séjour en France sans qu’on en ait été notifié». Dans la même veine, un militant du Parti démocratique gabonais (PDG) proche du ministre concerné rappelle, à juste titre, que le rôle de Tracfin «ne consiste en aucun cas à émettre une interdiction de séjour contre un tiers sur le territoire français». D’ailleurs, indique-t-il, Christian Magnagna n’a jamais été notifié d’une interdiction de séjour en Europe ou en Amérique, Tracfin ayant été créé par le G7 en 1990. Le ministre gabonais aurait même séjourné en France durant le mois finissant.

En venant à la forte somme que Sieur Magnagna aurait viré en France «sur le compte d’une SCI dont il serait le gérant», alors qu’il était ministre du Budget et des Comptes publics, un groupe de militants PDG, se présentant comme la #TeamChristianMagnagna#, a soutenu dans un post en circulation sur les réseaux sociaux que Christian Magnagna n’a toujours disposé, en France, que d’«un seul et unique compte personnel dont il était titulaire depuis plus d’une trentaine d’années, et sur lequel il a toujours effectué des transactions financières accréditées par le système bancaire aussi bien local qu’international».

Législatives ou manganèse business ?

Vraisemblablement, il s’agit encore une fois d’une fake news, d’une intox comme on dit de plus en plus au sujet des fausses informations montées de toutes pièces et livrées à la presse en vue de ternir, sinon de nuire. Dans quel but ?… pourrait-on se demander. L’on en vient à se souvenir que Christian Magnagna est par ailleurs député du 2e siège de la Lébombi-Léyou (Mounana) et membre du Bureau politique du Parti démocratique gabonais (PDG). La formation politique au pouvoir a, d’ailleurs, offert un triste spectacle de guerre intestine lors des congrès provinciaux de novembre dernier pour le renouvellement de ses instances. L’enjeu politique prochain étant les élections législatives, on pourrait naturellement penser que quelques adversaires politiques du ministre des Mines seraient à la manœuvre. But du traquenard dans ce type d’opération : compromettre l’image du concerné en espérant rafler la mise lors de l’investiture, devenir ensuite député, et pourquoi pas ministre en faisant perdre sa légitimité populaire à l’actuel ministre.

Il y a également que, dans le contexte économique actuel, le secteur supervisé par Christian Magnagna alimente la chronique, notamment avec la mise à l’index d’Eramet et ses intérêts au Gabon (Comilog et Sétrag). Tout le monde s’en souvient en effet : «Groupe Eramet-Gabon : Un contrat léonin ?», «Un marché de dupes ?», «Les compagnies minières à l’index», titrait dans un dossier de deux pages le quotidien L’Union, le 20 février dernier. Connu pour être sous les ordres du Palais présidentiel, qui donc y a commandité cette série d’articles ? Quelle intrigue se trame-t-il, que se prépare-t-il dans le secteur placé sous la supervision de Christian Magnagna ? Il est notamment question, depuis le 27 du mois finissant, du rachat de 11,2% du capital d’Eramet (dixit Africa Mining Intelligence). Les enjeux financiers autour de Comilog, filiale gabonaise d’Eramet, pourraient constituer une piste menant aux déterminismes de la souricière médiatique en question. Une source généralement bien informée indique qu’une importante réunion au sujet de Comilog se tient cette semaine à Paris. Le ministre des Mines en aurait été écarté du fait de ce traquenard. Au pays des juges perspicaces, de la DGR, du B2, du président de la République «le mieux renseigné du continent», des écoutes téléphoniques et des renseignements généraux banalisés, comment la manipulation peut-elle être aussi facile ?