Alors qu’un silence épais entoure le déroulement de cette affaire, notamment sur la nature et l’origine des composantes des bombes, l’opinion reste perplexe sur certains aspects et comportements affichés dans le scénario de cette affaire.

© Gabonreview

 

C’est incontestablement le fait le plus inouï de cette première moitié de l’année. Roland Désiré Aba’a Minko et son commando ont fait irruption le 16 juin, au sein de nombreuses rédactions de chaines de TV et radio publiques et privées, pour imposer la diffusion d’une vidéo sommant Ali Bongo de quitter le pouvoir dans un délai de 72 heures, au risque de faire sauter un immeuble par jour.

Un acte d’une extrême gravité, tant il menace la stabilité des institutions de l’Etat, mais aussi la paix civile dans le pays. Seulement, le scénario initié par ce commando armé de fusils et de machettes ne semble pas avoir été assez bien rodé pour dissimuler le parfum d’une conspiration.

Avant de démêler l’écheveau dans ce qui s’apparente fortement à une mise en scène de film amateur, examinons le profil de l’acteur principal. Roland Désiré Aba’a Minko est un acteur politique gabonais qui s’est révélé dans les années 2010-2011, avec sa grève de la faim contre le pays colonisateur, la France, qu’il accusait d’être à l’origine des maux du Gabon. Pour lui, le pays vivrait une indépendance factice du fait de l’implication prononcée du colonisateur dans tous les domaines importants. Son départ, avait-il souhaité, était la condition de l’essor réelle d’une démocratie et d’un développement.

Et pour être plus cohérent dans sa démarche, l’homme se portera candidat à la dernière élection présidentielle, avec à l’esprit l’intention de libérer le Gabon de la domination française. Il n’ira pas au bout de cette candidature car, il renoncera à celle-ci au profit de Jean Ping.

Vu à de nombreuses reprises aux côtés de Ping, lors de ses sorties postélectorales, ce natif de Bitam (nord du Gabon) dégageait l’allure d’un téméraire, ces personnes dont on dit ne pas être prêtes à trahir leurs engagements. L’affirmer encore aujourd’hui, semble périlleux, en attendant de découvrir le rendu de l’enquête ouverte à la suite de son « raid médiatique. »

Osons tout de même analyser les circonstances de cet événement. Premièrement, personne ne s’étonnera qu’une chaine publique, qui plus est Gabon Tv, ait été informée de la lecture de la menace d’Aba’a Minko sur la façade du mausolée Léon Mba, alors que son absence lors des sorties des acteurs de l’opposition est aussi évidente que l’apparition du jour au terme de la nuit (le reportage de la vidéo en circulation est signé Gabon TV).

Deuxièmement, il apparaît bien curieux de parcourir la ville, avec des irruptions de quelques minutes dans les rédactions sans que les forces de l’ordre ne soient à ses trousses. Pour rappel, si TV+, désormais située à Nkembo, est à une dizaine de minutes de Gabon TV et Africa n°1, elle est presqu’à une heure de kanal 7.

Troisièmement, la présence d’un dispositif supposé être une bombe dans l’enceinte d’Africa n°1, n’a pas élargi le périmètre de sécurité au-delà du supermarché Mbolo, situé à une cinquantaine de mètres à peine. Une bien curieuse façon de sécuriser la population, alors que la puissance de déflagration restait prétendument inconnue au moment de l’alerte. Pas d’évacuation du magasin ou du ministère des Affaires étrangères, circulation ouverte sur le boulevard Triomphal Omar Bongo, séparé d’un petit mètre du mur d’Africa n°1.

Quatrièmement, alors qu’il s’était réfugié au siège de la délégation de l’Union européenne à Libreville, équipé d’une bombe, ainsi que le rapportent de nombreux médias (publics notamment), Roland Désiré Aba’a Minko n’a pas eu affaire à l’armée française, laquelle a l’obligation d’intervenir en cas d’attaque de cette nature sur la communauté européenne, telle que formalisée dans les accords de la zone euro.

Cinquièmement, on observe que la partie « administrative » de la ville, abritant la plupart des immeubles administratifs, n’a pas été quadrillée, ni reçue la visite des démineurs pour la recherche d’éventuelles bombes dissimulées.

Sixièmement, les journalistes de toutes les rédactions attaquées s’étonnent de ce que les cagoules portées par les assaillants n’aient rien d’amateur et ressemblent étrangement à des cagoules professionnelles. C’est sans aucun doute possible, mais comment cela se fait-il dans un pays où ce matériel ne court pas les rues comme les treillis arborés par n’importe quel quidam ? Et pourquoi, Aba’a Minko, une fois aux arrêts, l’identité de son commando reste-t-elle non communiquée ?

Ces différents faits jettent un trouble sur l’affaire Aba’a Minko, autant qu’ils laissent perplexe sur la capacité des pouvoirs publics de défendre la patrie.

Ces circonstances bien particulières qui constituent autant de zones d’ombre dans cette affaire ne prédisposent pas à la sérénité. Elle lézarde par endroit le sentiment de sécurité que la population doit attendre des institutions et des forces de sécurité et de défense.

Espérons que ces zones d’ombre seront vite éclaircies pour restaurer la sérénité, la confiance et la concorde.

Auteur : Alain Mouanda