Concernant 3650 voies et chiffré à 480 millions de francs CFA, assurés par l’Association internationale des maires francophones et l’Union européenne, le projet d’adressage de Libreville n’a pas dépassé la phase d’annonce et de la pose d’un prototype, une année et demie après.

Adressage de Libreville : pose de la première plaque de rue. © Gabonreview

 

Le 5 septembre 2015, la mairie de Libreville lançait l’opération d’adressage de la capitale gabonaise, en présence notamment de Daniel Ona Ondo, alors Premier ministre, et d’Anne Hidalgo, maire de Paris et président de l’Association internationale des maires francophones (AIMF). La première plaque nominative avait alors été dévoilée, dans le 2ème arrondissement sur la rue menant du carrefour STFO au rond-point de Nkembo, avec le nom «Rue Bernard Mba». Cette plaque symbolisait le démarrage de cette belle opération. Les médias et l’opinion tout entière avaient célébré cette «entrée de Libreville dans l’ère de la modernité». Il est à reconnaître que ce jugement était visiblement hâtif, car un an et demi plus tard, l’opération paraît bloquée.

Ona Ondo, Anne Hidalgo et Ossouka Raponda devant la plaque de la Rue Bernard Mba, le 5 septembre 2015. © Gabonreview

Pourtant, le maire de Libreville, Rose Christiane Ossouka Raponda, affirmait alors que le coût de l’adressage des 3650 voies choisies, d’une valeur de 480 millions de francs CFA, serait assuré par l’AIMF et l’Union européenne (UE). Qu’attend-on alors pour poursuivre l’opération ? En lançant cette opération, la mairie de Libreville avait donné le sentiment que tout était réglé aussi bien sur le plan financier que sur le plan technique, d’autant plus, avait-on dit, que des experts, techniciens, historiens, notables et chefs de quartier avaient été sollicités pour des contributions. Tout paraissait bien «huilé». Aujourd’hui, la mairie de Libreville donne plutôt l’impression d’une certaine indifférence quant à ce projet, et l’opinion, dépitée, se demande si le financement de l’opération a finalement servi à un autre projet municipal. Ce qui serait une immense déception pour ceux qui considèrent que l’arrêt de cette opération s’apparente à un refus de la modernité.

480 millions CFA payés par l’AIMF et l’UE

Il est vrai que Rose Christiane Ossouka Raponda n’était pas l’initiateur de cette action. Avant elle, certains de ses prédécesseurs, dont le dernier, Jean-François Ntoutoume Emane, s’étaient penchés sur le problème, et avaient mis en place des commissions de réflexion, mais l’actuel édile avait été au-delà de la simple réflexion et avait commencé à matérialiser le projet par le début de la pose des plaques nominatives.

3650 voies ont été identifiées et numérotés. © Gabonreview

La décision du Conseil municipal de Libreville de procéder à l’adressage des rues, boulevards, avenues, allées, impasses et places avait, en tout cas, été bien perçue par l’opinion. Surtout qu’elle devait embellir davantage la ville, et permettre de rendre hommage à des «citoyens s’étant particulièrement signalés dans la nation, la ville ou l’arrondissement». 3650 voies, parmi lesquelles des artères périphériques et des rues secondaires, avaient été choisies «pour faire entrer la pétulante et cosmopolite métropole librevilloise dans l’ère de la modernité». Avec les plants d’arbres et de fleurs sur la voie express et certains boulevards devant faire de Libreville une ville fleurie, l’opération d’adressage devait changer le mode de vie des habitants et, en réalité, sécuriser et transformer la capitale gabonaise en une ville moderne, à l’instar de bien d’autres capitales au sud du Sahara.

Ce projet survivra-t-il à l’équipe municipale actuelle ?

Que s’est-il donc passé pour qu’un projet aussi ambitieux s’arrête aussi vite ? Le financement avait pourtant été trouvé, le plan d’adressage conçu, l’identification des rues fixée, les points concernant l’adressage adoptés, et surtout ce projet était soutenu par une large majorité de citoyens de la capitale. Rose Christiane Ossouka Raponda ne communiquant pas beaucoup, les Librevillois disent leur crainte de voir cette opération être reportée infiniment… à la Saint-Glinglin, d’autant plus que le mandat de l’édile actuel s’achève dans une vingtaine de mois.

Avec les élections municipales prévues en décembre 2018, Libreville devrait en effet avoir en principe un nouveau maire à la fin de l’année prochaine. Ce projet survivra-t-il après l’équipe dirigeante actuelle de la mairie de Libreville ? That’s the question !