Vous vibrez sur «Vuli Ndlela» de Brenda Fassie, sans en comprendre les paroles ? Vous vibrez ou avez vibré, avec la même ignorance des lyrics, sur les œuvres de Rihanna, Seal, Kacky Disco, Aziz’Inanga, Tracy Chapman, Ladysmith Black Mambazo ou James Brown ? Vous allez aimer. Charly Tchatche, Gabonais, 26 ans, a trouvé la pierre philosophale qui transforme les trémolos, vocalises, cris, soupirs, râles et onomatopées en des chansons, d’aucune langue connue, qui touchent les âmes et émoustillent les émotions. Résolument la principale révélation artistique de ces deux dernières années au Gabon. Rencontre avec un chanteur époustouflant du 3e millénaire.

Charly Tchatche, sur scène en décembre 2015 à Libreville. © Gabonreview

Charly Tchatche, sur scène en décembre 2015 à Libreville. © Gabonreview

 

Gabonreview : Quelle carte de visite pouvez-vous rapidement décliner ?

Charly Tchatche : Je suis Ance Charly Mougningou. Mon nom de scène est Charly Tchatche. Lorsqu’on regarde bien sa signification, Charly renvoie à celui qui va jusqu’au bout de ses initiatives. Tchatche, parce que Dieu m’a accordé le don de la parole. Aussi bien, la voix parlée, le fait de s’exprimer devant les gens, de ne pas avoir peur, que la voix chantée, l’utilisation des cordes vocales pour faire passer un message. J’ai donc décidé de m’appeler Charly Tchatche parce que je mets la parole au centre de tout ce que fais.

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Comment définissez-vous votre art ? Et pourquoi, comme d’autres jeunes, ne vous lancez-vous pas dans le hip-hop ou le slam, les arts oratoires de votre génération ?

Je pense que chacun a sa mission ou sa vocation. Si d’aucuns sont attirés par le rap, le slam et autres, moi j’en pince plus pour le jazz, la soul et l’opéra. Il y a que tout le monde chante des choses que tout le monde comprend, alors moi j’ai décidé de chanter des choses que personne ne comprend, mais dont tout le monde a besoin parce que cela crée des émotions chez celui qui écoute. Ce concept original s’appelle le Tchatching. Je pense que la musique a cette vocation de toucher l’être de la personne. Ce qui peut être fait sans forcément avoir un message bien écrit en français ou bien structuré en anglais. Je pense donc que l’on peut rester dans cette dynamique où l’on libère un son qui a la particularité de toucher les émotions des gens. Je m’inscris donc dans une forme d’originalité, car j’estime que lorsqu’on veut faire avancer la société, il faut être original. Mon évolution est donc de créer une mutation au niveau de la musique, où on est dans l’ère de ceux qui chantent des choses que personne ne comprend, mais l’objectif est de toucher et de sensibiliser les uns et les autres.

Jusqu’ici nous sommes dans le domaine de la parole, de la tchatche. Mais lors de vos prestations scéniques, il y a un fond musical. Est-il de votre création ?

Pas vraiment… je suis beaucoup plus live en ce moment et je fais un peu de recyclage. On est dans un monde où on parle de développement et on améliore ce qui existe. Je fais la même chose au niveau de la musique où je prends des sonorités qui existent, qui sont bien faites et appréciées par plus d’un. Et sur ces sonorités musicales, je pose ma version de Tchatching. C’est un peu ça ! Il est vrai que j’emprunte aux autres, mais je pense que c’est aussi ça la musique : elle est universelle. Comment pourrions-nous arriver à chanter dans une langue qui n’existe pas sur une musique déjà existante ? C’est un peu le défi que je me lance pour voir si les gens apprécieront ou pas.

Sur scène, il y a également des chorégraphies autour de vous. Travaillez-vous avec ces danseurs ou sont-ce des artistes de circonstance pour des besoins ponctuels ?

Je serai honnête en disant que ce sont des artistes de circonstance, parce qu’au départ je chantais tout seul. Et par moment, je veux essayer quelque chose : comment faire passer l’émotion ? Je pense que pour y arriver, on peut le faire soit à travers la voix, soit à travers la danse ou encore la chorégraphie. C’est la raison pour laquelle sur certains projets, j’ai mes deux amis, de bons danseurs. Ils m’accompagnent pour qu’ensemble on essaie de toucher au maximum les uns et les autres dans une diversité sans pareille. Je mets donc à côté du Tchatching de la danse, du théâtre et j’en passe.

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Depuis combien de temps vous vous produisez-vous en public ?

Le public a commencé vraiment à me découvrir lors du dernier New York Forum Africa. Mais un peu auparavant, à la cérémonie finale d’un concours de jeunes managers, organisé par la CDC, je m’étais produit, tout juste un peu avant le New York Forum Africa. Les gens ont ainsi commencé à découvrir ce qu’était le Tchatching. Et juste après, il y a eu, en octobre 2015, le forum citoyen de Libération où on m’a donné la possibilité de faire valoir ce que je pouvais faire au niveau de la musique. Et c’était encore le cas lors d’une soirée de gala de junior Achievement, en décembre 2015. Je ne dirais donc pas que je me produis depuis 5 ou 10 ans, mais en  2015 j’ai vraiment eu l’opportunité de faire pas mal de scènes assez relevées, où les gens découvraient une nouvelle manière de chanter qui tourne autour du Tchatching.

Vous vous exprimez plutôt bien, comme si vous aviez fait de hautes études. Quelle est votre formation ?

Je suis titulaire d’une licence en sociologie politique à l’Université Omar Bongo (UOB). Parallèlement, je suis passionné par les métiers de la communication ou je me décris comme un autodidacte. Tout ce qui tourne autour de la présentation d’émission, télé ou radio, j’aime beaucoup. À côté de ça, je suis au Conseil national de la jeunesse comme directeur de la communication et des relations publiques. C’est tout ça qui fait qu’au centre, je suis contraint d’avoir cet exercice au niveau de la parole. Et comme je vous l’ai dit, je mets la parole au centre de tout ce que je fais. Parce que lorsqu’un chef d’Etat veut parler au peuple, il utilise la parole. Lorsqu’on veut demander quelque chose à quelqu’un, on utilise la parole. Je n’ai donc pas autre choix que m’exprimer correctement pour faire en sorte que mes idées soient entendues pas tous.

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En parlant de votre formation artistique, quelles sont vos influences ?

Je suis beaucoup plus dans Annie-Flore Batchiellilys, une femme qui a montré qu’avec sa langue vernaculaire on peut se positionner dans le jazz à l’Européenne. Je suis également inspiré hors de nos frontières par James Brown ou encore Ray Charles et Seal… que j’apprécie énormément. C’est de ces icônes que je m’inspire. Mais aussi au niveau africain où il y a pas mal d’artistes avec des sonorités originales et très intéressante comme O’Neill Malah qui fait du gospel. Ce sont donc ces personnes et c’est vers leurs produits que je me tourne lorsque je suis en manque d’inspiration.

Des projets à court ou moyen terme ?

Actuellement, mon projet est de rester professionnel, essayer de me construire une image qui ne va pas s’arrêter en chemin mais quelque chose de durable. Car lorsqu’on commence une œuvre, il suffit que les gens disent du bien de vous ou qu’on écrive un article sur vous pour qu’on hausse les épaules. Et comme je l’ai dit, l’une des clés, pour moi, c’est l’humilité, qui précède la gloire. En gros, mon projet c’est donc rendre professionnel ce que fais et, par la suite, d’exporter ce que je fais sur la scène internationale. C’est ma finalité et je pense qu’avec mon équipe, je peux avoir les armes pour arriver à m’imposer sur la scène internationale. Maintenant, à moi d’être sérieux, de continuer à travailler car ce n’est pas chose facile.

Allez-vous graver votre œuvre ou rester dans les arts de la scène ?

L’idée pour moi c’est de mettre ça sur CD. Comme je l’ai signifié, nous sommes dans une génération où lorsqu’ils prennent conscience de leur don de chanter, nombreux courent en immédiatement en studio. Je ne veux pas suivre cette voie. Je veux commencer au bas de l’échelle, commencer à conquérir un public qui ne sait pas ce que je fais, commencer à faire beaucoup de scène. Et juste après, le couronnement de tous ces efforts sera d’aller en studio et graver mon art.