À l’orée d’élections couplées aux enjeux multiples, des souvenirs divers défilent dans les esprits.

Systématiquement pointée du doigt, la Cour constitutionnelle va-t-elle prendre la responsabilité de l’enlisement ? Pour elle, l’heure du reformatage a peut-être sonné. © D.R.

 

Lancinante, la question hante les esprits : de quelles garanties de transparence disposent les candidats aux élections couplées du 6 octobre prochain ? À une semaine de ces scrutins, de nombreux observateurs expriment leurs doutes. Les partis ont beau fournir des explications sur le mode de centralisation des résultats, les institutions n’inspirent guère confiance. En dépit des développements sur le mécanisme de proclamation, le Centre gabonais des élections (CGE) est accusé de rouler pour un camp. Malgré les spécificités des différentes élections, la Cour constitutionnelle est systématiquement pointée du doigt. Comme si le bulletin de vote avait définitivement perdu de sa valeur. Comme si l’opinion avait définitivement cessé d’y croire.

Élections aux enjeux multiples

Depuis le déclenchement du processus électoral, les institutions n’ont rien fait pour rassurer. Bien au contraire. D’interprétations spécieuses de la loi en dénis de droit, de dénis de droits en bricolages juridiques, elles ont donné du grain à moudre à leurs contempteurs. Sur des fondements douteux, le CGE a décrété le jumelage des élections (lire «Recours devant la Cour constitutionnelle» et «Le niet d’Anges Kevin Nzigou»). Puis, il a publié un «parcours de l’électeur dans le bureau de vote», avant de se dédire quelques jours plus tard. Dans la même veine, la Cour constitutionnelle a commencé par décider du paiement des «frais de procédure», avant de se lancer dans un inédit contentieux pré-électoral. Comme toujours, on peine à cerner les motivations juridiques de ses décisions. Comme souvent, elles ont arrière-goût politique voire politicien. Dans certains cas, elles exhalent des effluves de règlement de comptes personnels.

L’histoire des élections politiques au Gabon est d’abord celle d’une implacable mécanique de fraude. Peu importent le type d’élection, les institutions s’illustrent toujours par un hallucinant parti-pris. Comme si une défaite du Parti démocratique gabonais (PDG) serait synonyme de disparition du pays, l’administration met généralement tout en œuvre pour lui garantir la victoire. Comme si les décrets de nomination en avaient fait des puits de science, les juges constitutionnels ne se privent jamais de faire la leçon au monde entier. Aux locales, aux législatives ou aux présidentielles, année après année, ils rejouent le même vaudeville. À l’orée d’élections couplées aux enjeux multiples, des souvenirs divers défilent dans les esprits. Bien entendu, les institutions n’y sont pas à leur avantage. On les voit plutôt tordant le cou au bons sens. On se les représente s’adonnant à des contorsions juridiques.

Risque d’élections à rallonges

N’empêche, personne n’a intérêt à prédire un remake des scrutins de triste mémoire. Nul ne gagne à souhaiter des élections contestées. Des scrutins du 6 octobre prochain naîtront un paysage politique nouveau. Les collectivités locales seront totalement renouvelées. Les deux chambres du Parlement aussi. Une nouvelle génération d’acteurs émergera. Forcément, le paysage politique s’en trouvera modifié. Au vu des profils de nombreux candidats, la vie publique pourrait  gagner en densité voire en qualité. Pour le pays, il serait hasardeux de chercher à freiner cette lame de fond. Pour les institutions, il se serait contreproductif de s’opposer à ce mouvement. Vont-elles, enfin, jouer le jeu démocratique ? Même s’il faut le dire vite, elles ont là une opportunité de faire avancer le débat. Elles ont l’occasion d’essayer de ripoliner leur image, sérieusement écornée par des collusions d’un autre âge.

À l’opposé des pratiques héritées du parti unique, les intérêts individuels sont garantis par la transparence et non par des arrangements d’arrière-boutique. Cette exigence démocratique est aussi une nécessité de l’époque. Dans tous les domaines de la vie publique, elle est un gage de sincérité et de sécurité. En politique comme en économie, elle favorise une compréhension partagée des processus. À l’issue de la présidentielle d’août 2016, cette notion a été questionnée, retournée dans tous les sens. Comme jamais auparavant, les institutions ont été attaquées, dénoncées à la face du monde. Sous la pression des événements, de nouvelles règles ont été édictées, notamment celles relatives à l’affichage des procès-verbaux. Dans le même temps, les modalités d’ouverture des procédures contentieuses ont été modifiées. Des candidats gênants disqualifiés (lire «Chantal Myboto invalidée»). Est-ce le prélude à de multiples annulations ? Est-ce l’annonce d’un lourd contentieux post-électoral ? L’invalidation et l’annulation, nouvelles techniques de fraude électorale ? Où l’on voit poindre le risque d’élections à rallonges, avec leurs effets sur le meccano institutionnel. La Cour constitutionnelle va-t-elle prendre la responsabilité de l’enlisement ? Pour elle, l’heure du reformatage a peut-être sonné.