Petit revival d’Ika Rosira, la «Charliette Hebdo» de Gabonreview. Cette fois pour stigmatiser la majorité silencieuse, celle qui assiste impuissante et presque complice à la montée au sommet, après avoir joué des coudes, de gens – prétendus leaders – qui n’amèneront jamais le troupeau majoritaire vers les prairies d’abondance. Une manière d’appeler au sursaut de conscience.

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Ce n’est pas en 2016 que Donald Trump a pris soudainement la décision de devenir le leader du monde dit libre… de redonner aux États-Unis «ses lettres de noblesse» (si noblesse il y a eu). Il y a longuement réfléchi et il a misé sur la classe ouvrière en colère et frustrée pour remporter le siège le plus influent du «monde dit libre». C’est ainsi que contre toute attente intelligible, raisonnable et digne, il a réussi à séduire la majorité silencieuse qu’on considère à raison, à tort et à travers, comme des cons, des ignorants ou encore des neutres.

Ceux qui ne répondent pas aux sondages, ceux qui s’insurgent contre l’élite intellectuelle et leurs belles manières hypocrites et hautaines, caractérisent cette majorité qui sait rester silencieuse quand il faut, cette majorité hypocrite, dangereuse, fataliste et sournoise. Celle qui insupporte ces classes dirigeantes qui décident de tout, augmentent et baissent les taxes à leur bon gré, nous autorisent au précipice et briment nos libertés individuelles et collectives, quand ça leur chante. Sous prétexte de faire de leur mieux pour les plus vulnérables à chaque fois sans prendre les décisions qui s’imposent. Ces classes dirigeantes championnes des raccourcis qui mènent aux culs-de-sac.

La majorité silencieuse, impuissante aux dévaluations, aux crises financières et économiques, aux tsunamis, aux inondations, aux tremblements de terre, aux crédits, aux taux hypothécaires, à l’absence d’assurance et de sécurité, aux crashs d’avion, aux crashs boursiers, aux catastrophes écologiques liées à l’activité humaine, aux vagues migratoires, aux actes terroristes guidés par un sentiment profond d’injustice ou par une interprétation erronée des Saintes Écritures. La majorité silencieuse impuissante face aux hold-up électoraux…

La croissance économique liée aux innovations technologiques (Internet & la mondialisation des opinions personnelles et saugrenues) entraine inévitablement une certaine déchéance des valeurs intrinsèques qui semblaient régir le monde.

On continuera longtemps à se demander s’il ne serait pas mieux de redéfinir une nouvelle fois la liberté d’expression tandis que la justice sociale s’oppose farouchement aux paradis fiscaux. Il importe alors d’être celui qui gronde au nom des sans-voix, des misérables aux idées arrêtées et qui a les moyens de sa politique, à l’instar de Donald Trump pour attirer l’attention du petit peuple qui fait semblant d’être endormi.

Et puis l’Histoire nous enseigne que les gens avides de pouvoir qui s’assoient au sommet avec fracas, prêts à tout pour vaincre et triompher, ont fait école auprès de vrais bourreaux. Des gens comme Hitler, Pinochet ou Bush. Mais, revenons à l’Afrique subsaharienne,  essentiellement à des gens comme Mobutu, l’individu qui trahit l’amitié de Lumumba (alias Satan pour les colons belges), le fît assassiner par Tshombe (alias Judas pour ces mêmes individus) et découper par des commissaires belges et américains, en 34 morceaux, dissous dans l’acide les restes de Lumumba.

Mobutu, avec tout ce sang sur les mains, a régné pendant 31 années, clairement dictatoriales, avant d’être réduit à l’exil par une armée de mercenaires dirigées par Kabila père, la plus récente version du Ché Guevara au Congo Kinshasa. Pour rendre l’histoire encore plus drama, c’est son fils Joseph, actuel président contesté de l’ancien Zaïre qu’on soupçonne d’avoir profondément souffert du complexe d’œdipe au point d’assassiner son propre père pour s’asseoir sur le trône, comme quoi les histoires de trahisons dignes des futures séries d’horreurs hollywoodiennes du style Walking Dead peuvent tranquillement trouver des sources d’inspiration dans nos réalités.

Des gens comme Blaise Compaoré, l’individu a régné pendant 30 ans sur le Burkina Faso après avoir ordonné l’assassinat de Thomas Sankara et trahit leur amitié. (Le même genre d’amitié profonde et indéniable qui liait jadis Ali Bongo Ondimba à André Mba Obame). Blaise a fait exécuter Sankara au vu et au su de bien des gens, mais à l’heure où on en parle, il se prélasse en Côte d’Ivoire et nous fait découvrir ou soupçonner un Alassane Ouattara corrompu ou perverti par les jeux du pouvoir.

Et puis pendant que Biya semble vivre en exil de son propre pays sous les yeux hébétés du peuple camerounais,  Yayha Jammeh isolé après 22 ans de règne sur une Gambie semi-analphabète, qui figure parmi les pays les moins développés du point de vue de son indice de développement. Comme dans la plupart des pays, soumis à des régimes dictatoriaux, l’accès à l’eau et à l’électricité est un luxe, c’est tant au niveau des infrastructures publiques que dans la plupart des domaines qui relèvent de la volonté de bonne gestion de son ou ses dirigeants qu’on réalise un bilan fondé.

Inutile de rappeler les besoins fondamentaux de l’Homme, parlant de soins de santé, d’éducation, d’autosuffisance alimentaire, de logements, d’infrastructures publiques et de promotion culturelle et économique en soulignant que ces derniers vont de pair, à ceux qui l’auraient oublié.

Sans vouloir énumérer les guerres, les crises et les génocides commis dernièrement ou jadis à travers le monde, sans vouloir remonter à l’époque durant laquelle l’Homme noir était le produit le plus commercialisable et donc le plus prisé d’un continent à l’autre. Sans nous attarder sur l’époque où les aristocrates pouvaient se vanter de posséder un ou plusieurs nègres ou d’avoir réduit en esclavage, de génération en génération, les âmes les plus vaillantes des tribus d’Afrique noire. Des tribus qui, tout comme les Indiens n’ont pas eu le génie ou la cruauté d’inventer des armes de plus en plus meurtrières d’année en années.

Bon on souffle un peu, «parler beaucoup, c’est maladie!»

La tension  monte d’un cran quand on voit combien de personnes hissées ou maintenues au sommet par cette majorité silencieuse (qui nous hérisse le poil), ont perdu de vue, que notre essentiel en tant que peuple noir, qu’individu noir, c’est de redonner à notre histoire «toutes ses lettres de noblesse», parce que la nôtre en a. Leur comportement, leur attitude, leurs actions n’honorent pas la couleur de notre peau, marquée au fer rouge par des décennies et des siècles de souffrance, marquée par la misère, la corruption et les pires barbaries. Et là c’est juste pour bien indexer cette classe de dirigeants africains qui ignorent tout de l’Histoire.

La majorité silencieuse, celle qui déjoue tous les statistiques, celle qui fait l’histoire, la modifie, l’ignore et l’altère à chacune de ses actions et à chacune de ses inactions semble nous promettre que Melenchon, à son arrogance et à sa manière archi-vindicative, cherchera la bagarre et fera peut-être de la France insoumise, une France qui agira dans le but de réparer les nombreux tords qu’elle aura causés. Conséquences «de chacune de ses actions et de ses inactions» face aux peuples sur lesquels la France a longtemps craché, qu’elle a longtemps piétiné, piégé et soumis et auxquels elle n’a rien promis. Ces terres d’Afrique qu’elle a sucées et continue d’éponger, d’aspirer… de siphonner. C’est pas un Filion qui aidera l’Afrique. Mais que peut-on espérer de Mélenchon si ce n’est que son arrogance serve un jour les intérêts d’une Afrique «insoumise»?

Quand on fait le tour de l’Histoire qui souligne «à chaque fois», comment une poignée d’humains bien intentionnés, parvient «à chaque fois» à redonner ou nourrir les espoirs de cette majorité d’humains qui a le don de se pisser dessus quand elle voit au sommet les loups mesurer la longueur de leurs jets.

Le vent souffle et on sait qu’il est plein de promesses de justice parce que personne n’a l’intention de subir le système Bongo slash PDG durant les 7 prochaines années, sans tenter de se réapproprier le Gabon qu’ils nous ont confisqué, d’une manière ou d’une autre.