L’institution est devenue une structure fantôme tant on n’y trouve personne depuis un moment. Son personnel totalisant près de trois ans sans salaire, le Conseil national de la démocratie (CND) est littéralement fermé, abandonné aux vandales. Un vaudeville politique à la gabonaise, autour d’une «institution cosmétique».

Aujourd’hui à l’abandon, le siège du CND, «institution cosmétique» où les salariés ont fini par cumuler 3 ans sans salaire. © Gabonreview

 

Profitant de la présence des membres du gouvernement à la cérémonie d’ouverture de la phase politique du dialogue national à Angondjé, le 12 avril 2017, Séraphin Ndaot, président du CND, déclarait : «Depuis que le CND a été remis en place, c’est-à-dire depuis bientôt deux ans, aucun employé à ce jour n’a perçu le moindre salaire. Je dis bien, personne des 50 agents qui ont vraiment frappé à toutes les portes, n’a perçu ni salaire, ni avance sur salaire, même ceux qui ont été nommés en Conseil des ministres». Ce jour-là, le président de cette institution, longtemps jugée inutile par une bonne frange de l’opinion, déplorait donc la maltraitance de ses agents.

3 ans sans salaires, abandon des lieux

Pratiquement un an après cette sortie, c’est le statu quo. Le personnel du CND serait, selon plusieurs sources proches de l’institution, sans salaire depuis au moins trois an. Une situation qui a finalement eu raison de ses agents qui, à ce qu’il semble, ont définitivement déserté les lieux. Pour vérification, un reporter de Gabonreview en inspection au siège de cette structure, aux environs de 16 heures ce 22 mai 2018, a trouvé les portes de l’édifice entièrement ouvertes. Mais pas un seul employé n’y était pour répondre à la moindre demande de renseignement ; pas l’ombre d’un gardien ou d’un agent de sécurité. Le rez-de-chaussée étant désespérément vide, l’institution semble avoir été abandonné aux brigands et vandales.

Le tableau confirme, en tout cas, ce qui semblait n’être qu’une rumeur malveillante : le CND est fermé, plus personne n’y travaille. Selon diverses sources ayant toutes requis l’anonymat, la clé est mise sous le paillasson. Principale raison de la situation salariale de la structure : l’administration publique ne parvenait alors pas à définir exactement le statut du CND. Ce, d’autant plus que l’organisme était tantôt perçu comme une «simple autorité administrative indépendante», tantôt comme une «institution non constitutionnelle».

La problématique du statut d’une institution figurative

Aujourd’hui, on ne saurait affirmer que le statut juridique de la structure a exactement été défini. «A ce jour, faisait remarquer en effet Me Ndaot lors de la cérémonie sus citée d’avril 2017, les ministères de la Fonction publique et du Budget n’arrivent toujours pas à définir clairement la nature juridique du Conseil national de la démocratie et le statut du personnel qui y travaille». Or, «l’absence de détermination de la nature juridique de cet organe, pose des problèmes qui ont des conséquences sociales importantes». Ceci pourrait donc expliquer cela.

Pendant longtemps, le gouvernement n’a eu cesse d’indiquer que le Conseil national de la démocratie (CND) était le lieu idoine pour toutes formes de dialogue entre acteurs politiques. Pendant longtemps, il a été rappelé que cette institution avait été créée à cet effet. Mais à l’épreuve des faits, elle a été ignorée de nombreux acteurs politiques, contestée par des leaders de la société civile et, du reste, abandonnée par le gouvernement. L’Opposition véritable n’a jamais cessé de lui accoler des qualificatifs divers : «institution cosmétique», «structure figurative». Bref, un vaudeville politique, comme le Gabon sait si bien en jouer.