A trois semaines de l’organisation du 1er carnaval international de Libreville, le bruit en provenance du ministère chargé de l’évènement laissent planer des doutes quant à son éclat et à la réalisation du programme annoncé. Le budget consacré à l’évènement est étriqué.

L'affiche officielle du 1er carnaval international de Libreville © D.R.

L’affiche officielle du 1er carnaval international de Libreville © D.R.

Le 23 février 2013, la capitale gabonaise va abriter un carnaval sur le thème «Nature, Culture et Diversité». L’évènement est organisé par le ministre de l’Education nationale, chargé de la Culture, de la Jeunesse et des Sports où les organisateurs sont sur le pied de guerre. Nombreux d’entre eux doivent cependant être très surpris en découvrant les contraintes budgétaires de l’organisation.

En compulsant la loi des finances, on découvre en effet que 120 millions de francs CFA ont été affectés à l’évènement, ainsi qu’il en a été pour l’année dernière sans que ce carnaval n’ait été organisé. Selon les sources proches du dossier, les deux budgets ont été compilés. Le carnaval de cette année sera donc organisé avec un budget de 240 millions de francs CFA. Ce qui est bien riquiqui dans un pays où l’unité de compte est le milliard de francs CFA.

A titre d’illustration, Iris Com International, société créée par Blaise Louembé et spécialisée dans l’organisation et la production de spectacles, avait facturé à 70 millions de francs CFA la location des seuls écrans géants pour la visite papale au Cameroun en mars 2009. Plus fort, selon de nombreux journaux locaux et internationaux, la société GL Events a encaissé du Gabon 7 milliards de francs CFA pour avoir organisé au Gabon la cérémonie de clôture de la 28e Coupe d’Afrique des nations de football, une cérémonie pas plus importante qu’un vrai carnaval, comme celui de Rio ou même celui du Cap Vert. Toutes choses qui donnent un ordre de grandeur sur le coût d’organisation d’un vrai carnaval. Les 240 millions de francs CFA affectés à l’organisation sont résolument bien maigres quant on sait que l’organisation, au Gabon, du concours musical, les «Balafons Gabon Music Awards», mobilisait 800 millions de francs CFA.

Au Brésil, on note que le budget d’une seule école de samba devant participer au carnaval peut monter jusqu’à quatre millions de dollars (2 milliards de francs CFA) et il y a 14 écoles de samba pour défiler dans le Sambodrome. Bien sûr, on ne va pas demander à Ernest Walker Oninwin, ministre en charge de la Culture, de reproduire le Carnaval de Rio ou celui de Nice dont le budget global est de l’ordre de 6,8 millions d’euros (4,42 milliards de francs CFA), mais de réaliser un carnaval au moins à la dimension de celui de Notting Hill, un quartier de Londres, dont le budget tourne autour de 150 000 Livres sterling (114, 5 millions de francs CFA). Il est cependant à noter que le carnaval du quartier de Notting Hill a pour lui l’avantage d’être devenu une tradition. Depuis sa création en 1978, il a capitalisé un savoir-faire qui permet de reconduire une logistique, des chars et même des costumes créés de nombreuses années auparavant. Ce qui n’est pas le cas du 1er carnaval international de Libreville.

Que nous réserve donc le 1er carnaval international de Libreville ? A ce jour, il se murmure qu’il n’y aura pas de véritables chars, sans doute seulement des camions plateaux et l’évènement n’a d’international que le nom, puisque les négociations  en cours ne sont prometteuses qu’avec un seul pays étranger que la préposée de l’organisation à l’infoline s’est refusée d’indiquer pour le moment.

Le 1er carnaval international de Libreville prévoit une grande parade son et lumière sur le boulevard de l’Indépendance, un bal masqué au village du carnaval à Gabon Expo et un avant-spectacle pour la présentation de la mascotte. «Les costumes, les atours et les accessoires devront avoir un lien avec le thème choisi et faire surtout preuve de créativité en mettant notamment en exergue le savoir-faire traditionnel dans le costume, le maquillage et la chorégraphie. Plusieurs prix seront décernés à l’issu de la parade : le Prix de la Reine du Carnaval ; le Prix du Roi du Carnaval ; le Prix du meilleur Costume ; le Prix du meilleur Maquillage ; le Prix de la meilleure Chorégraphie ; le Prix de l’Originalité», note-on sur le site presidentalibongo.com. Un programme trop grand pour le budget identifié.

A l’instar du président brésilien, Lula da Silva, qui avait autorisé en 2009 le déblocage de 2,6 millions de dollars pour venir en aide aux écoles de samba et aider à l’organisation du Carnaval de Rio, le président Ali Bongo va-t-il lui aussi donner un coup de main financier pour l’obtention de l’éclat escompté de cet évènement depuis la publication de son programme ?