Organisé du 8 au 10 décembre à Libreville, le 11e Congrès ordinaire du Parti démocratique gabonais (PDG) a consacré la volonté d’Ali Bongo de «réformer», «revitaliser» et «régénérer» le parti. Si les objectifs semblent avoir été atteints, des questions demeurent.

La base du PDG présente au 11e Congrès pourra-t-elle s’accommoder du chamboulement intervenu à la direction du parti ? Les législatives 2018 sauront en dire davantage. © Communication congrès – PDG

 

En trois jours, le parti crée en 1968 par Omar Bongo a opéré l’une des mues les plus significatives de ses 50 ans d’existence. Depuis les conseils provinciaux ayant consacré l’arrivée de nouveaux cadres au sein du Bureau politique, du Conseil national et du Comité central, le vent du changement semblait déjà souffler sur le PDG. Mais c’est finalement au terme du 11e Congrès du parti, organisé du 8 au 10 décembre à Libreville, que cette mue s’est opérée avec le renouvellement du directoire, à presque 100%. Seules quelques figures de l’ancienne équipe dirigeante ont résisté à la bourrasque.

Ali Bongo a choisi de marquer définitivement son territoire en se passant de certains caciques considérés comme indéboulonnables. Avec ce congrès, c’est la «rupture totale que le premier responsable du PDG vient de mener», souligne-t-on. Il vise désormais l’action au détriment de l’immobilisme, en injectant de «nouvelles forces, du sang neuf» dans l’arène. D’autant que le président du PDG n’a eu de cesse de dénoncer des forces tapies dans l’ombre, voguant à contre-courant. «L’adversaire le plus dangereux est celui qui est dans la maison», a d’ailleurs déclaré Ali Bongo, accusant et indexant, sans les nommer, ces «camarades» qui ont fait le lit de l’opposition dans le parti.

«Malgré les difficultés, nous allons montrer que nous sommes toujours forts…Nous sommes les seuls présents partout…n’ayez pas peur d’affichez votre appartenance», a indiqué Ali Bongo à la clôture du 11e Congrès du parti au pouvoir. Les difficultés, le PDG en a aujourd’hui. Elles transparaissent à travers des points de vue divergents, des positions contradictoires, des déchirements et des égoïsmes affichés par les courants qui traversent le parti. En témoignent les récentes oppositions entre Actions et perspectives pour le président de la République (APR) et le Mouvement gabonais pour Ali Bongo Ondimba (Mogabo).

Le nouveau directoire du parti saura-t-il taire les velléités de ces courants pour aborder avec les coudées franches, les prochaines échéances électorales ? Eric Dodo Bounguendza et son équipe pourront-ils mobiliser les troupes pour reconquérir les bastions passés dans l’opposition ? Les personnalités écartées sans aucune reconnaissance ne vont-elles pas manifester leur mécontentement en votant contre le PDG lors des législatives ?

Pour certains militants, Ali Bongo a démontré qu’il n’a pas besoin de certains «camarades» pourtant fidèles au parti. Cette ingratitude est perceptible à travers la promotion des militants de fraiche date. «Comment des transfuges de certains partis arrivés dans la foulée au PDG peuvent-ils être promus à des postes si prestigieux ?», se sont interrogés certains cadres du parti. «Eloi Nzondo est arrivé au PDG hier et il est déjà Secrétaire général adjoint. Ça va frustrer beaucoup», a pesté un membre du bureau politique.

Beaucoup de militants ont exprimé leur inquiétude à l’issue de ce congrès. Même si Ali Bongo est convaincu que la base du parti soutiendra les réformes engagées. «Il faut qu’on soit lucide, qu’on se dise les choses franchement; notre salut comme nos belles victoires sont entre les mains de la base du parti», a martelé Ali Bongo. La base suivra-t-elle la cadence du «distingué camarade» ? Les prochaines élections législatives seront certainement un test sur l’adhésion ou non de la base.